Bolivie : Rodrigo Paz face à une superposition de risques institutionnels et sociaux
La V2 du Dossier Nº 001 analyse le déplacement du risque : signaux macroéconomiques plus favorables, mais crise du ministère public, fracture Paz–Lara et élargissement social du conflit des réformes.
Depuis la précédente mise à jour du 19 septembre, l’équilibre politique bolivien a changé de nature. Le gouvernement de Rodrigo Paz conserve une capacité réelle de décision et de négociation : le financement d’environ 1,9 milliard de dollars lié au programme du FMI a franchi l’obstacle législatif bolivien, le taux de change officiel s’est replié à 12,00 bolivianos pour un dollar le 1er octobre, et l’exécutif a conclu des accords avec les municipalités et ouvert une négociation analogue avec les neuf gouverneurs. Ces éléments constituent des facteurs de résilience, mais ils ne suffisent pas à réduire le risque politique global.
La principale rupture est désormais institutionnelle. Le procureur général Roger Mariaca a été appréhendé avec d’autres responsables du ministère public après des accusations américaines de corruption et de protection du narcotrafic. Le gouvernement bolivien affirme enquêter sur une structure criminelle infiltrée dans la justice ; le ministère public a, de son côté, contesté la légalité de l’opération. Ces accusations doivent rester distinguées des faits judiciairement établis. La crise devient néanmoins systémique parce qu’elle touche l’institution chargée de conduire plusieurs enquêtes politiquement sensibles, dont celle concernant Fernando Cerimedo.
Le dossier Cerimedo reste un risque essentiellement politique et réputationnel pour la présidence : aucun élément public ne permet, à ce stade, d’attribuer une responsabilité pénale à Rodrigo Paz. En revanche, la mise en cause de l’autorité qui supervise l’enquête nourrit une interrogation plus large sur l’indépendance, la continuité et la crédibilité du ministère public. Le vice-président Edmand Lara exige le respect du due process et conteste certains aspects de la gestion intérimaire de l’institution, ce qui élargit encore la rupture Paz–Lara.
Sur le plan économique, le verrou interne du programme FMI est levé, mais la prudence reste nécessaire : la dernière source primaire publique du Fonds continue de qualifier l’opération de staff-level agreement soumis aux actions préalables et à l’approbation de son Conseil d’administration. Tant qu’une décision formelle n’est pas publiée par le FMI, les décaissements ne doivent pas être traités comme des réserves disponibles. La baisse récente du taux de change et le relèvement de la note souveraine par Moody’s de Caa3 à Caa2 avec perspective positive sont des signaux favorables, mais la contrainte de liquidité extérieure n’est pas considérée comme résolue.
Le conflit social lié au diesel évolue lui aussi. Le DS 5716 a remplacé le dispositif antérieur et le mouvement national des transporteurs s’est révélé fragmenté. Les accords conclus par YPFB avec les transporteurs de carburants réduisent le risque immédiat de rupture logistique. En revanche, la contestation s’étend à d’autres catégories, notamment les enseignants urbains, tandis que le DS 5727 sur la réorganisation, la dissolution ou la liquidation d’entreprises publiques ouvre un second front susceptible de mobiliser syndicats et salariés du secteur public.
L’élément stabilisateur le plus important est probablement territorial. Paz a signé un accord dit « 50/50 » avec les maires des principales villes et engagé une négociation comparable avec les gouverneurs. Cette capacité à maintenir des canaux institutionnels avec les collectivités limite, pour l’instant, le risque d’isolement politique complet. La question centrale est désormais de savoir si ces différents conflits resteront désynchronisés. Une convergence entre crise du ministère public, confrontation Paz–Lara, mobilisation sociale contre les décrets économiques et difficulté à réunir des majorités parlementaires modifierait nettement le profil de risque. À l’inverse, une approbation formelle du programme par le FMI, une normalisation durable du marché des changes et l’absence de convergence des mobilisations renforceraient la capacité du gouvernement à absorber la crise.
Sources principales
OEA, High-Level Mission / democratic order — source
OEA, dialogue and social peace, 11 Sep — source
Associated Press, IMF programme status and Board approval still required, 19 Sep — source
MEFP, PL 723 legislative treatment — source
BCB, official exchange-rate table, 1 Oct — source
MEFP / Moody’s, sovereign rating update — source
YPFB, fuel-haulier agreement — source
MHE, Electricity Law sent to legislature — source
Presidency, 50/50 agreement with mayors — source
Presidency, 50/50 agenda with governors — source
Associated Press, Mariaca detention — source
ABI, government allegations in Mariaca case — source
La Razón, Lara due process / interim prosecutor — source
Washington Post, Cerimedo investigation — source